A bâton rompu avec Mgr PAUL OUEDRAOGO

mardi 11 octobre 2011
par  Ab Joseph KINDA
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Le dimanche 25 septembre dernier, l’archevêque de Bobo-Dioulasso a célébré en présence d’une forte assemblée venue de partout le Faso et des pays voisins, l’action de grâce pour l’imposition du pallium qu’il a reçu à Rome en compagnie d’autres archevêques du monde entier. Dans l’interview qu’il a donnée deux jours avant cette célébration Mgr Paul OUEDRAOGO revient sur le sens du pallium et l’orientation qu’il entend donner à la pastorale dans son nouveau diocèse.

mgr paul de bobo-dioulasso


-  Neuf (9) mois environ, après votre prise de possession canonique de l’archidiocèse de Bobo-Dioulasso, peut-on dire que le temps de l’observation est passé ?

Non, le temps de l’observation ? On ne peut pas dire que c’est passé. Le temps de l’observation dure une année pastorale. J’ai conclu une année pastorale que je n’ai pas commencée, et je viens seulement d’introduire la première année pastorale que j’aurai à animer, à orienter avec mes collaborateurs et collaboratrices. On vient donc de vivre la semaine diocésaine de pastorale qui a regroupé l’ensemble des prêtres et des religieux qui sont dans les paroisses et dans les institutions. Je pense que ça va et nous prenons le travail à bras le corps tout doucement avec les différents conseils. Beaucoup de conseils ont été réactualisés et on essaie de les rendre fonctionnels et jusque-là ça va. Quant aux perspectives tracées pour cette nouvelle année pastorale, il faut dire que le diocèse avait déjà un plan pastoral stratégique pour 2009-2012. L’accent que j’ai porté au moment où ils abordaient cette troisième année du plan, c’était de m’assurer que chaque agent pastoral avait une meilleure maîtrise de la planification comme méthode de travail. Ainsi, nous avons beaucoup plus insisté en faisant des exercices de planification pour les amener à se familiariser avec cet outil de travail qui leur sera de plus en plus utile quelle que soit la mission qui leur sera confiée. Je peux dire que nous sommes sortis de cette semaine diocésaine de pastorale un peu réconfortés vu qu’ils maîtrisent mieux à présent l’outil et la méthode ; ce qui leur reste à faire n’étant plus que d’aller dans leurs différentes paroisses et de mettre leur plan d’action et les confectionner entre eux en famille paroissiale.

-  Mais si c’est seulement cette année que les agents pastoraux ainsi que les laïcs ont la maitrise de la méthode, doit-on s’attendre à ce que le plan triennal soit prolongé ?

Ce qu’il y a, est que nous allons mettre en place un comité de suivi durant cette troisième année qui va à la fois les accompagner dans l’élaboration de leur plan d’action et commencer également une évaluation de ce que ce plan a eu comme impact au niveau de leurs différentes communautés et c’est tout cela qui servira de base pour décider d’un nouveau plan triennal à la fin de celui-ci.

- On constate qu’il y a comme un mouvement général au niveau de vos proches collaborateurs, les prêtres, quant à leur lieu d’activité pastorale. Quel sens voulez-vous donner à ces affectations ?

Avec le conseil de nomination, nous nous sommes donné quelques objectifs. Il y a eu en plus de ces objectifs, des réponses à donner à la sollicitation de la conférence épiscopale en matière de personnel. Il y avait aussi ce projet de renouveler l’animation pastorale parce qu’il y avait des curés qui étaient restés longtemps dans certaines paroisses, et qu’il était bien de faire ces changements pour un dynamisme pastoral. Nous avons également mis l’accent sur les formateurs au petit séminaire. Mais là, nous sommes en réflexion dans la province ecclésiastique. Ainsi, au petit séminaire de Nasso, la province a décidé d’envoyer les séminaristes que les professeurs orientent vers la série D/C, et ceux de la série littéraire au petit séminaire saint Tarcisius de Diébougou. L’expérience ayant commencé cette année, nous avons mis aussi en réseau les formateurs et ainsi un prêtre de Diébougou est arrivé cette année à Nasso pour enseigner les sciences, vu qu’il est outillé dans ce domaine.

-  Pourquoi cette expérience ne s’étend pas aux autres petits séminaires du Burkina, vu qu’ils rencontrent tous les mêmes difficultés financières face aux charges qu’occasionnent les professeurs laïcs vacataires ?

Les effectifs au niveau du secondaire sont en effet très réduits alors que les intervenants sont pratiquement les mêmes. Un professeur de sciences, qu’il aie 4 ou qu’il aie 20 élèves devant lui, représente la même charge à l’économat du séminaire. La décision est déjà prise au niveau de la province ecclésiastique de Bobo et peut-être que ce sera un exemple pour les autres provinces de la conférence épiscopale du Burkina Niger. Je sais qu’à Koupéla ils étaient au stade des discussions pour regrouper les élèves du second cycle à Fada, mais je ne sais pas jusqu’où ils en sont à présent.

-  Sous quel signe vous placez l’action de grâce qui va être célébrée pour la réception du pallium ?

C’est une action de grâce qui voudrait tout simplement promouvoir la communion. Le pallium est un signe de communion entre l’archevêque et le successeur de Pierre de qui il reçoit le pallium en la fête des apôtres Pierre et Paul. Signe de communion parce que cela oblige l’archevêque à être signe de communion avec la province ecclésiastique qui lui est confiée et où il travaille en synergie avec les diocèses suffragants pour faire remonter cette communion avec le pape.

-  Communion aussi à l’intérieur de son diocèse, non ?

Le pallium signifie cette disponibilité de l’archevêque non seulement à s’occuper des brebis mais à être prêt à les prendre toutes les unes après les autres sur ses épaules et à en prendre soin comme pasteur. C’est aussi cela le signe du pallium qui est tissé avec de la laine d’agneau. La communion c’est l’élément constitutif de l’Eglise. C’est la communion entre un pasteur et ceux qui partagent sa charge pastorale, notamment les prêtres d’abord et en lien avec eux tout l’ensemble des agents pastoraux, les religieux, religieuses, les catéchistes les responsables laïcs, les animateurs de communauté. C’est un circuit de communion qui doit les réunir autour des mêmes objectifs et surtout du chef de famille pour qu’ils manifestent cette Eglise Famille et qu’ils acceptent d’aller à cette école de communion parce que la communion n’est jamais gagnée, elle est toujours à construire et on peut toujours l’approfondir. Dans ce sens cette action de grâce pour l’imposition du pallium est la bienvenue et nous voulons qu’elle soit une fête de la communion diocésaine, de la province ecclésiastique, une fête de la communion nécessairement avec le successeur de Pierre.

-  Depuis le jour de votre intronisation en décembre 2010 et jusqu’à présent, le mot de la communion est au centre de vos préoccupations. Pourquo i ? La réconciliation. Le maitre mot pour l’église c’est certainement la communion et en église nous sommes bien placés pour savoir que la communion n’est jamais chose acquise une fois pour toutes, elle est toujours à construire à approfondir elle est quelque fois à reconstruire. Parfois dans nos relations humaines, c’est la communion qui est blessée. La fraternité déchirée nécessite toujours qu’on revienne à des impératifs de communion en passant par la réconciliation. Celle-ci suppose à la fois une ouverture à la justice, une ouverture à la fraternité et à la solidarité et une volonté de reconstruire la communion. A ce niveau alors, je pense que le dernier synode spécial sur l’Afrique pour lequel le pape vient au Bénin livrer l’exhortation post synodal, va en droite ligne avec ce qui préoccupe et doit préoccuper l’Eglise aujourd’hui. Réellement, avec ce souci majeur de communion à approfondir et toujours à construire, ça dispose les uns et les autres à la paix. Un pays comme le nôtre est quand même bien placé pour savoir que la communion ou le tissu social peut à tout moment connaitre des blessures et c’est la réconciliation-communion qui nous permet de tenir sur ce pacte de solidarité qui nous lie les uns aux autres et qui font que nous sommes une nation. Là aussi ce n’est pas du gagné une fois pour toute, c’est une solidarité qui est toujours à refaire et à chaque fois que le tissu social est blessé dans ce qu’il a de cohésion, on n’a pas d’autre moyens que le moyen de la réconciliation et de la justice pour retrouver la paix. Donc il ne s’agit pas d’une communion où les chrétiens s’enfermeraient entre eux, mais plutôt une communion qui permet aux chrétiens de vivre ensemble ce qu’ils sont réellement, donc comme des disciples de Jésus Christ, et donc des disciple nécessairement ouverts au monde dans lequel ils vivent, où ils sont insérés ; ce monde qui les entoure et pour lequel ils ont un devoir de solidarité, un devoir de construction nationale et régionale.

-  En octobre 2010, Rome a tenu un colloque sur la presse catholique où l’insistance a été faite sur le rôle des media dans les diocèses. Quelle est la situation des media dans votre archidiocèse ?

Au sujet de l’importance et de l’utilisation des médias dans l’archidiocèse de Bobo-Dioulasso, je dirais que nous avons une radio diocésaine, la radio « étoile de Noël » qui fonctionne assez bien et qui diffuse les messages quatre heures par jour. Un temps de diffusion pas très énorme, mais que nous avons l’intention d’augmenter progressivement. Souvent c’est la loi de la progressivité qui nous manque, alors qu’elle est nécessaire sur le chemin de l’auto promotion, de la libération et même de la communion. Il faut accepter de progresser doucement en fonction de ses moyens et également du contexte dans lequel on se trouve. Cette radio est appuyée par une presse écrite « Alléluia Africain », dont nous allons rendre le rythme un peu plus régulier afin de permettre à l’ensemble de la famille diocésaine de vivre au même diapason. Il est vrai que le philosophe Descartes avait dit « je pense donc je suis », mais aujourd’hui avec les media et les nouvelles technologies, on devrait dire plutôt « je communique donc j’existe ». Si on ne communique pas, c’est très difficile de savoir où vous vous trouvez, encore moins ce que vous faites, on ne peut pas savoir non plus ce à quoi vous aspirez, et c’est très difficile de savoir comment travailler avec vous. Tout pour dire que la communication est très essentielle. Nous travaillons sur l’axe radio, l’axe presse écrite. Nous avons également en vue un axe audiovisuel avec lequel nous escomptons toucher un peu plus de monde étant donné que la presse écrite est limitée vu le taux d’analphabétisme. La radio ne couvre pas toute l’étendue du diocèse. Il reste cependant qu’avec les radios rurales qui sont disséminées, nous nous sommes organisés pour que partout où sont ces radios, nous ayons une plage pour transmettre tout message produit au niveau du diocèse. Je crois que nous allons continuer de ce côté-là. Nous avons aussi bien des troupes de théâtre qui organisent des souvent campagnes d’évangélisation. Notre souhait est que le plus rapidement possible, nous ayons une autonomie qui nous permette de rendre le plus de service possible.

-  Parlant de l’autonomie nous pouvons parler de l’auto prise en charge qui est une préoccupation pour vous et pour vos paires de la conférence épiscopale Burkina Niger, que dites-vous aux fidèles en général et à ceux de votre diocèse en particulier ?

En venant ici le 19 décembre 2010 à Bobo, je leur avais dit que je voyais trois défis qui allaient marquer mon ministère au milieu d’eux. Je les ai alors invités à en prendre conscience et à se mobiliser pour qu’ensemble nous essayions d’y répondre. C’était le défi de la communion, le témoignage de vie à la fois comme disciple du christ, comme pasteurs, en sachant que nous n’évangélisons pas seulement avec la parole mais aussi par le comportement, à partir de ce que nous sommes et de ce que nous laissons voir, de ce que nous transmettrons par notre être. Le troisième défi est une pastorale courageuse d’auto prise en charge. Bobo-Dioulasso reste une ville qui est la capitale économique du Burkina. J’entends qu’avec un peu d’organisation et de communion, nous pouvons ensemble relever ce défi de l’auto prise en charge en identifiant mieux toutes les possibilités économiques autour de cette capitale économique qui se trouve également dans une zone parmi les mieux arrosées du Burkina au sol relativement plus fertiles que dans d’autres zones. Il y a donc un certain nombre de paramètres qui sont là qu’il faut regarder en face, les identifier et voir ensemble ce qui peut être réalisé à partir de ces facteurs existants. Ce qui nous permettra réellement d’être un peu plus debout ensemble, les uns avec les autres et sans doutes surtout les uns par les autres. Ce n’est pas une question de concurrence ou de pillage, mais de se mettre ensemble pour tirer le meilleur parti de tant de paramètres favorables qui nous sont donnés par la nature mais aussi par le climat social qui règne pour résoudre un peu mieux ce défi de l’auto prise en charge diocésaine.

-  Les atouts existent comme vous venez de l’évoquer, mais peut-on le dire vraiment sur la question des compétences ?

A ce sujet, je pense à la Bienheureuse mère Thérèse de Calcutta qui proclamait que ce n’est pas la richesse qui fait reculer la pauvreté et la misère mais le partage. La richesse, il y en a. Mais aussi longtemps que les hommes ne sont pas prêts à partager, ne sont pas prêts à faire des problèmes des uns les problèmes de tous, et que les gens ne sont pas à participer aux solutions des problèmes qui sont là dans un effort de communion et de solidarité avec les autres, vous ne pourrez rien faire reculer. Alors à ce moment il se passe ce que l’on constate souvent. Les plus riches continueront de s’enrichir et les plus pauvres continueront de s’appauvrir. C’est vraiment dans le cœur humain que tout se joue. Ce qui me pousse à dire que le monde malgré tous les avancées techniques et technologiques, n’a beaucoup changé pour ce qui est du cœur humain. C’est Quohélet qui nous le dit, le cœur de l’homme est compliqué et malade. C’est là qu’il faut agir. C’est lorsque ce cœur a été travaillé pour qu’il se convertisse aux valeurs de communion, de solidarité, de partage et aux valeurs de progrès ensemble qu’effectivement tous ces paramètres qui sont des paramètres objectifs finissent par concourir aux résultats que l’on escompte.

-  Peut-on dire alors qu’il est plus que jamais l’heure pour une entraide à l’intérieur de la Famille diocésaine, avant toute autre aide extérieure ?

Il faudra que de plus en plus nous nous convertissions aux caisses de solidarité, aux structures de partage que nous pouvons mettre en place. C’est là que nous pouvons vérifier si nous cœurs sont ouverts et convertis à la solidarité et au partage. Jésus peut toujours aujourd’hui multiplier les pains pour l’ensemble de nos paroisses ou diocèses, mais encore faut-il que ceux qui ont cinq pains et deux poissons acceptent de les mettre à la disposition dans un geste de solidarité et de partage pour que le Seigneur les fasse fructifier. Je pense que c’est quelque chose d’absolument indispensable et c’est une question d’éducation et d’évangélisation.

-  Sur le plan national, il y a beaucoup d’attente par rapport au travail déposé par le CCRP et aux concertations dans les régions du Burkina, qu’en dites-vous ?

Il faut que tout le monde se dise que le Burkina, c’est l’affaire de chaque Burkinabè. Qu’il s’agisse du Burkina d’aujourd’hui dans lequel nous vivons ou de celui de demain où nos fils, nos neveux, nos arrières petits neveux sont là et ont le droit de venir trouver des conditions d’existence raisonnables et favorables pour eux. La première invite est donc la participation de tous à la mesure de ce que chacun peut apporter à la réflexion. Ensuite, il s’agit de s’inviter tous à plus de responsabilité. Il n’y a de vraies victoires que pour les équipes qui s’organisent pour gagner dans la cohésion. Ce ne sont pas des victoires personnelles et individuelles, car nous sommes de passage sur cette terre et à ce point de vue, aucun de nous n’est indispensable à la marche du monde. Mais certainement dans la cohésion et en organisant de mieux en mieux les équipes, nous pouvons assurer non seulement le bien être d’aujourd’hui, celui de demain et d’après-demain même.

Itw. Réalisée par ab. Jokinda


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Finale karaoké 2010 des enfants

mardi 7 septembre 2010

La radio Ave Maria à Ouagadougou va avoir la finale du karaoké qu’elle a organisé pour les enfants ces vacances-ci. La dite finale aura lieu à Reem-Doogo sis à Gounghin, le dimanche 12 septembre à 15 heures. A cette occasion plusieurs artistes ont été invités. Rappelons que la marraine de l’événement est Toussy, la coqueluche de la musique moderne religieuse catholique dans notre Eglise Famille.

Sur le Web : http://