MONSEIGNEUR PHILIPPE OUEDRAOGO, archevêque de Ouagadougou : "Nous privilégions l’intérêt du peuple"

mardi 27 décembre 2011
par  Ab Joseph KINDA
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A la faveur d’un point de presse que Monseigneur Philippe Ouédraogo a organisé le 23 décembre 2011 en vue de livrer son message de vœux de Noël et du nouvel An aux Burkinabè, nous en avons profité pour aborder certaines questions d’actualité, notamment nationales avec l’ordinaire du diocèse de la capitale burkinabè. Dans l’entretien qui suit, ce dernier donne la position de l’Eglise catholique du Burkina sur des sujets comme ceux de la crise alimentaire, des travaux du Conseil consultatif sur les réformes politiques (CCRP), de la nomination des évêques, de l’exode de certains fidèles, du printemps arabe, etc.

JPEG - 68.9 ko « Le Pays » : L’année 2011 a été marquée par un mouvement de revendications dans le monde avec le printemps arabe et la crise sociopolitique sur le plan national. Les jeunes notamment semblent en quête de plus de liberté démocratique et de nouveaux repères. Y arriveront-ils et que fait ou compte faire l’Eglise catholique pour les y aider ?

Mgr Philippe Ouédraogo C’est une question vraiment complexe. Bien malin qui saura dire ce qui se passera demain. Moi, je ne suis pas prophète en la matière. Vous les hommes de médias, vous faites des prospections pour déterminer ce qui arrivera ; moi, j’essaie de vivre le présent tout en envisageant l’avenir avec beaucoup d’espérance. Il n’y a pas de fatalité, je pense qu’on peut toujours relever les défis. Ceci étant, tout ce qui se passe constitue des interpellations très fortes. Rien ne sert de dire que le Burkina, ce n’est pas la Tunisie ou la Libye. Où est la frontière aujourd’hui ? Il n’y a pas de frontière ! Vous les hommes de médias, vous êtes payés pour le savoir ! Les idées circulent ! Nous évoluons dans un monde global qui n’est rien d’autre qu’un village. A la minute près, ce qui se passe à un bout du monde est su un peu partout. Quel sera donc l’impact de ce qui se passe concernant le printemps arabe sur l’Afrique subsaharienne par exemple ? Ce ne sera certainement pas sans impact. Il n’y a rien à faire. Nous sommes en train de vivre une situation très préoccupante en RDC (République démocratique du Congo, ndlr), on ne sait pas ce que cela va donner. Est-ce qu’on va se retrouver avec une autre Côte d’Ivoire ? Voilà autant de questions auxquelles je ne prétends pas avoir de réponses. L’Eglise, humblement, essaie d’apporter sa modeste contribution dans le domaine de l’éducation, d’abord par ses structures d’éducation comme l’école privée primaire, secondaire et supérieure. La première contribution de l’Eglise pour relever le défi de l’éducation, c’est d’abord cela. Deuxièmement, notre point de repère par excellence, c’est Jésus-Christ, c’est la Bible. Qu’on ne nous demande pas d’avoir d’autres points de repère. Si le monde veut promouvoir le mariage homosexuel, les droits humains étant ce qu’ils sont, nous pouvons respecter cette vision, mais il est hors de question pour l’Eglise d’accepter qu’un homme et un homme, une femme et une femme puissent contracter un mariage devant l’autel. Parce que notre point de repère c’est la Bible, et son premier Livre, c’est la Genèse qui dit que Dieu « les créa homme et femme », Adam et Eve. Nous n’avons pas d’autres prototypes que le modèle homme-femme. On peut nous vilipender et insulter le pape, nous ne pouvons pas quitter nos repères essentiels pour épouser la couleur du temps comme un caméléon. Nous éduquons aussi le peuple de Dieu par nos catéchèses, nos homélies. Et en dehors de cela, nous ne voyons pas ce que nous pouvons faire. Comme le pape l’a dit, la plus grande richesse que l’Eglise a à donner au monde, c’est Dieu. Nous respectons l’option de ceux pour qui cela est du vent, mais qu’on nous respecte aussi dans nos principes.

Comment avez-vous apprécié les travaux du Conseil consultatif sur les réformes politiques (CCRP) ?

Ils sont partis sur la base du consensus qui n’a pas été trouvé pour tous les aspects, alors quelle est la position de l’Eglise sur l’article 37 ? La Conférence épiscopale a déjà eu l’occasion de se prononcer et de donner sa position à notre plénière de Fada N’Gourma. Cette position est claire et n’a pas varié en ce qui concerne l’article 37. Nous privilégions l’intérêt du peuple par rapport à celui d’individus ou de groupes.

Le souhait du président du Faso est que la réflexion sur les travaux du CCRP continue. L’Eglise y prendra-t-elle toujours part ?

La politique de la chaise vide ne paie pas toujours, dit-on. Un effort national est fait, nous ne sommes pas un parti politique, nous ne sommes ni de la mouvance ni de l’opposition. Notre rôle, c’est justement de rester neutre tout en jouant notre partition pour le bien de l’ensemble. Une initiative a été prise, a priori nous n’y avons pas vu une mauvaise intention et on a pensé qu’en y allant on apportait notre contribution à la réflexion commune. C’est dans ce sens que la Conférence épiscopale a accepté d’y envoyer des chrétiens laïcs qui sont au cœur du monde et sont appelés à y être sel et levain. Ils nous ont représentés dignement, mais je ne suis pas habilité à vous dire si nous allons continuer à participer aux travaux si la réflexion continue. C’est une décision collégiale qui doit dire si l’Eglise doit continuer à y participer ou non.

Comment se porte l’Eglise catholique ?

L’année 2011 a été très dure. Nous avons célébré l’année du sacerdoce mais l’Eglise, surtout le clergé, n’a jamais été aussi agressée que pendant cette année. Qui est derrière tout ce mouvement ? Il y a certainement des gens derrière tout ce mouvement pour remuer comme la femme remue la bouillie ! Moi, je n’en sais rien ! Chacun répond de ses actes et l’Eglise a joué franc jeu à travers le pape. Sans complaisance, il a reconnu et regretté des faits. C’est regrettable que des fils de l’Eglise soient eux-mêmes en train de compliquer la tâche missionnaire par leur vie et les contre-témoignages. Le pape Jean-Paul II a demandé pardon à Gorée pour l’esclavage, son successeur a reconnu aussi les choses et procède à une purification de l’Eglise en étant plus regardant et en donnant des consignes pour remettre de l’ordre là où il faut. Il y a le cas de Manga au Burkina. On a une Eglise faite de saints et d’hommes, fragiles, pécheurs. Mais il y a aussi des ennemis qui compliquent les choses. Heureusement que c’est l’Eglise de Jésus-Christ ! Il a promis que la barque ne sombrera pas. Le pape nous étonne par sa sérénité, son optimisme et son réalisme. Ces qualités ne viennent pas de lui mais de son Seigneur Jésus-Christ.

A quand la finition de la basilique de Yagma ?

L’église-basilique de Yagma a été initiée il y a plus de 20 ans, elle est toujours en chantier, nous avons lancé un appel au pèlerinage de février 2011, et la communauté chrétienne y a répondu très généreusement. La quête même de la célébration a donné 13 millions de F CFA, ce qui est extraordinaire pour un Burkina pauvre. Les autres dons ont atteint 2 millions. J’ai eu l’occasion d’aller à Fatima et d’admirer la basilique qu’ils viennent d’édifier, et le recteur m’a confié qu’ils n’ont fait appel à aucune agence de financement. Ils se sont contentés de l’argent des pèlerins. Nous ne désespérons pas que Yagma connaîtra une évolution progressive mais sûre. A l’heure actuelle, nous sommes en train de terminer les travaux de la basilique. Il y a les carreaux qui arrivent d’Abidjan et nous pensons être prêts d’ici à février pour la basilique. Nous avons lancé la commande pour l’équipement en bancs et tout le mobilier. Concernant le projet de dédicace de l’église et son érection en basilique mineure, c’est Rome qui peut ériger une église en basilique mineure. Nous y avons déposé un dossier et nous espérons avoir notre première basilique mineure au Burkina Faso. La dédicace sera faite en même temps que l’inauguration de la Nonciature, probablement par le numéro 2 du Vatican. Notre ambition, c’est de développer, en plus du pèlerinage externe, un pèlerinage interne au cas où Yagma deviendra une basilique mineure, car Dieu n’est pas plus ailleurs qu’au Burkina. Et nous pourrons même recevoir des gens ici qui viendront en pèlerinage. En principe, en février, une équipe de prêtres sera sur place au presbytère de Yagma qui sera finalisé bientôt. Et nous allons l’étoffer pour l’écoute des chrétiens, leur confession, l’animation de façon permanente. Nous allons certainement y construire la maison du pèlerin pour accueillir les gens.

Quelle sera l’orientation pastorale de l’archidiocèse de Ouagadoguou en 2012 ?

Chaque diocèse doit être doté d’un conseil chaque année pour la pastorale. Il revient à ce conseil d’aider l’évêque pour la marche pastorale du diocèse. Des réunions du conseil permettront de faire des propositions à l’évêque en vue de l’organisation pastorale du diocèse. C’est dans ce sens que cette année, l’année pastorale 2011-2012 a pour thème « Ensemble avec le Christ, parole de Dieu, bâtissons des communautés chrétiennes dynamiques, saintes et missionnaires ». Nous sommes dans la dynamique de l’option de l’Eglise comme famille de Dieu, cette option fondamentale prise depuis 1977. Il s’agit de construire l’Eglise à travers les communautés de base. On a mis l’accent cette année sur la liturgie, la prière et la formation biblique, car saint Gérôme a dit que l’ignorance de l’écriture, c’est l’ignorance de Jésus-Christ.

Quelle appréciation faites-vous de la décision gouvernementale qui interdit les présentations de vœux et les arbres de Noël dans les institutions publiques ?

La crise alimentaire est peut-être la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Il y avait probablement de la gabegie dans l’organisation de ces manifestations. Je ne suis pas dans les finances publiques mais j’imagine qu’on peut prétendre avoir dépensé 15 millions de F CFA pour une fête alors qu’en réalité, on n’en a dépensé que la moitié ; je n’en sais rien. La décision nous paraît en tout cas assez significative et heureuse puisqu’il s’agit de protéger le bien commun. Car, l’argent public n’appartient pas aux fonctionnaires mais à tout le peuple. Ceux-ci ne peuvent donc pas en disposer à leur guise. Le gouvernement a donc été assez sage et vigilant pour mettre un holà afin de limiter les dépenses inutiles. Et cela pourrait, dans le contexte de cette année, être bénéfique, en permettant de manifester une solidarité envers ceux qui ne mangent pas à leur faim. Dans ce sens, je pense qu’on peut apprécier positivement cette mesure. Cela interpelle aussi chacun de nous. Nous, nous organisons par exemple une rencontre des agents pastoraux cette année. En cette année de pénurie, je leur ai dit que nous nous réunissons pour consolider l’unité et la communion entre nous ce n’est pas pour boire et manger. Chacun apporte donc ce qu’il a ; que cela suffise ou pas, ce n’est pas cela l’objectif. On ne peut pas se livrer à la bombance, aux orgies, à la ripaille alors qu’autour de nous des gens meurent de faim.

Comment appréciez-vous justement le niveau de vie des populations burkinabè ?

Nous sommes au milieu du peuple, des pasteurs du peuple, des enfants du peuple, je ne suis pas né en ville, je suis né en campagne. Je reste donc sensible à la souffrance de ceux qui n’ont rien, les pauvres, les petits, etc. Depuis que je suis là comme pasteur, je suis effrayé de voir les gens défiler ici. Ce matin, je suis allé à Saponé où j’ai ressuscité un pied-à-terre du cardinal (cardinal Paul Zoungrana, ndlr) et lorsque j’y vais, cela me permet de faire avancer des dossiers. Je suis revenu parce que j’avais des rendez-vous et j’ai vu une file de femmes assises là. Cela me faisait de la peine, et on a essayé de leur donner quelque chose. C’est pour dire que tous les jours que Dieu nous donne, les pauvres sont là. Ils ont dépassé des maisons pour venir ici parce qu’ils savent qu’on leur prête une oreille attentive ou au moins un regard compatissant. Grâce à l’Enfance missionnaire, on a eu un petit fonds pour la scolarité des enfants de certains parents démunis mais tout ce fonds est parti. Les malades du VIH/SIDA ont la trithérapie gratuitement mais ils ont des examens à faire à leurs frais. Mais beaucoup n’ont rien et sont même affamés. On n’est donc pas étrangers à ce monde de souffrance, et quand j’entends parfois brandir « notre progrès économique », je suis un peu furieux quelque part. C’est bien d’un certain côté, il y a certainement du positif ; mais il ne faut pas qu’on dorme sur nos lauriers, mais qu’on voie la souffrance concrète. Les gens sont pauvres ; je dis que ce n’est pas la pauvreté, c’est de la misère. Il y a des familles aujourd’hui qui ne peuvent même pas résoudre un problème de 5 mille F CFA. Des familles à Ouaga qui n’ont pas de quoi préparer ; elles n’ont pas le repas chaud et sont obligées d’en acheter. On ne me l’a pas dit, je l’ai vu. Nous sommes solidaires en essayant d’apporter notre modeste contribution grâce à nos partenaires. L’OCADES (Organisation catholique pour le développement et la solidarité, ndlr) est notre organe officiel de cette pastorale sociale. Mais ce que nous faisons reste des gouttes d’eau dans la mer. Comme le disait mère Theresa de Calcutta : « Je n’aide pas à la pauvreté, j’aide des pauvres autour de moi ».

Qu’en est-il des vacances de sièges épiscopaux au Burkina ?

Quand un évêque meurt ou est déclassé, le siège est vacant. Il y a une procédure qui relève du Nonce apostolique. Après prospection, on retient un certain nombre de candidats et on procède à un tri pour n’en garder que trois. Si Rome donne son accord pour ces trois, on procède aux enquêtes. Sur chaque candidat, il y a au moins une trentaine de personnes fiables qui sont interrogées dans le secret pontifical. Les rapports sont envoyés à Rome et s’il est nécessaire, on retrouve d’autres candidats et on reprend les enquêtes. Cela peut paraître long mais nécessaire pour arriver à quelque chose de fiable. En dernier ressort, c’est la congrégation pour l’évangélisation des peuples dont nous dépendons qui gère cela et se réfère au Saint Père qui approuve, accepte et signe, et la congrégation fait le nécessaire pour la promulgation, la nomination et tout le reste. Les deux nouveaux diocèses que nous avons sollicités à Rome, c’est Fada et Gaoua. Pourquoi Gaoua est déjà doté de son évêque et pas Fada ? Sans doute que dans la procédure, il y a eu des difficultés et on repart à la case départ pour trouver de nouveaux candidats. Je pense que c’est cela. Ce n’est pas moi qui gère la structure, c’est le Nonce. Tenkodogo, Dori, on attend toujours. Les administrateurs apostoliques ne sont pas d’office favorisés mais ils peuvent être des candidats comme tous les autres.

Que compte faire l’Eglise pour appuyer les mesures prises par le gouvernement et qui visent à répondre à la crise alimentaire consécutive au déficit céréalier enregistré par certaines régions ?

Nous ne sommes pas indifférents à la souffrance du peuple, et grâce à l’OCADES, nous sommes sur le terrain. Dans tous les diocèses, nous nous organisons pour être proche de ceux qui souffrent. Il y a un besoin de céréales, de santé, d’éducation et des autres aspects du développement. Au sein de l’OCADES, il y a le consortium qui regroupe l’OCADES et le CRS (Catholic relief services) qui travaillent avec les partenaires, et il y a une action conjuguée qui est en route et c’est sûr que nous apporterons notre modeste contribution.

Qu’en est-il de la fuite de catholiques vers d’autres sectes ou religions ?

Je ne sais pas s’ils trouvent un autre Jésus là-bas. Les raisons sont multiples. Il y en a qui quittent l’Eglise parce qu’ils n’y trouvent plus leur compte. Par exemple, ceux qui sont divorcés et veulent se remarier alors que l’Eglise n’accepte pas le divorce. D’autres ont eu des promesses de richesses. Les situations sont à apprécier au cas par cas. Pour ceux qui intègrent les sectes, probablement que, compte tenu de notre nombre plus important, 19 à 20%, ils n’ont pas la chaleur humaine qu’ils veulent. C’est de bonne guère si les autres cherchent des adeptes et en trouvent mais c’est vraiment dommage qu’un catholique aille voir dans une autre religion. C’est peut-être une interpellation de fond pour nos communautés qui doivent se demander quelle est la solidarité que nous vivons au sein de nos communautés chrétiennes de base. Dans tous les cas, pour ma part, si c’est pour Dieu, ils ont intérêt à rester dans l’Eglise catholique parce qu’ils ne trouveront pas un autre Dieu là-bas. Dieu n’est la propriété privée de personne, il n’appartient pas plus aux protestants, aux musulmans qu’aux catholiques.

Quelle solution propose l’Eglise pour faire face aux insuffisances des systèmes actuels qui ont commencé à étaler leurs limites à travers les crises financières, économiques et sociopolitiques répétées ?

L’Eglise n’a pas de solution ni de parti politique à proposer à ses chrétiens. Toutefois, elle n’est pas indifférente, et le Concile a dit que ce qui intéresse l’Homme intéresse l’Eglise. Dieu aime ce monde avec ses laideurs, ses péchés, et l’Eglise fera pareil et contribuera à sa sanctification, à son salut.

Propos recueillis par Juste PATOIN Le Pays


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Finale karaoké 2010 des enfants

mardi 7 septembre 2010

La radio Ave Maria à Ouagadougou va avoir la finale du karaoké qu’elle a organisé pour les enfants ces vacances-ci. La dite finale aura lieu à Reem-Doogo sis à Gounghin, le dimanche 12 septembre à 15 heures. A cette occasion plusieurs artistes ont été invités. Rappelons que la marraine de l’événement est Toussy, la coqueluche de la musique moderne religieuse catholique dans notre Eglise Famille.

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