Les fondements bibliques de la planification stratégique

Abbé Paul Nazotin, Bibliste, professeur au séminaire saint Irenée
jeudi 15 novembre 2012
par  Ab Joseph KINDA
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En février 2012 dernier, nous avons reçu au séminaire St Irénée la visite de Mgr Ian Dumont, le secrétaire général de l’œuvre pontificale de St Pierre Apôtre. Pendant que nous étions à table, il a parlé de Mgr Raphaël avec un humour dont lui seul est le maître. Que Mgr Raphaël ne soit pas gêné parce qu’à travers lui, il voulait parler de toute l’Église-Famille de notre Conférence. Il a dit : "Quand je vois cet évêque, mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu mon Sauveur". Il dit que Mgr est venu lui présenter un projet de formation de prêtres pour la Conférence épiscopale. Le projet était si clair qu’il en a été impressionné. Il a ajouté : "J’ai l’impression dans l’Église de ce pays, il y a un programme d’ensemble". Je lui ai demandé s’il n’avait jamais entendu parler du plan stratégique de notre Conférence Épiscopale. Il m’a dit qu’il n’en avait jamais entendu parler. Je lui ai alors expliqué comment matin et soir on nous endoctrine sur la planification stratégique au point que certains d’entre nous se demandent si l’Esprit St a besoin d’être planifié de la sorte. Il prit un air grave et m’a dit– et c’est ce à quoi je voulais en venir : "M. l’abbé je suis convaincu que l’Esprit Saint lui-même ne continuera pas à travailler avec des gens qui n’ont pas de programme". Mgr Ian a entièrement raison. L’Esprit Saint est incroyablement programmé car il agit lui-même à l’intérieur d’une planification du Père. En effet, Dieu a toujours eu un plan et des plans de rechange...

UNE VUE DES PARTICIPANTS L’histoire de notre salut a été planifiée avec une vision claire dans l’esprit de Dieu avec une mission assignée en lien avec la vision. Dieu a des objectifs stratégiques précis. Il attend des résultats : des résultats clés, des résultats intermédiaires. Au risque de déplaire aux organisateurs qui m’ont demandé de faire ce travail, je ne vais pas m’attarder à montrer point par point ce qui dans la Bible est objectif stratégique, résultats clés, résultats intermédiaires etc. ; d’abord parce que ce que j’appellerai par exemple résultat clé, quelqu’un d’autre pourra bien avoir raison de penser qu’il s’agit plutôt d’un résultat intermédiaire. Ensuite parce que je cours un risque à le faire : celui de manquer de crédibilité. En effet, si j’insiste trop sur les correspondances bibliques des termes de la planification, on pourra me suspecter de forcer les textes bibliques pour faire plaisir à une idéologie, celle de la planification alors qu’il est suffisamment clair que selon la Bible, Dieu a une planification et une planification stratégique. Je ne vais donc pas chercher à démontrer. Je vais tout simplement chercher à montrer. Pour ce faire, je vais partir de la Vision de toujours dans le plan stratégique de Dieu. Je vais d’ailleurs m’y attarder car c’est cette vision qui explique et justifie tout le reste dans la Bible. Après la vision je vais descendre jusqu’à ce que je considère l’hypothèse principale : la création de l’homme ; puis je remonterai à un résultat intermédiaire : la création d’Israël. Viendront ensuite le résultat clé (Jésus Christ) et l’objectif stratégique majeur qu’est l’Église le peuple que Dieu avait toujours rêver de rassembler comme dernière étape dans le processus de concrétisation de la vision. Notre démarche s’articulera donc sur cinq points : UNE VUE DES PARTICIPANTS I. La vision dans le plan stratégique de Dieu

II. La création comme condition ou hypothèse du plan stratégique de Dieu III. Israël comme un premier résultat ou résultat intermédiaire

IV. Jésus-Christ comme résultat principal ou résultat clé

V. L’Église peuple de Dieu comme objectif stratégique majeure

I. La vision dans le plan stratégique de Dieu

C’est l’un des auteurs du Pentateuque que les spécialistes appellent Sacerdotal (P), qui nous offre de saisir le projet immense que Dieu avait en créant le monde. C’est seulement après une reconstruction de la deuxième partie du livre de l’Exode qu’on peut apercevoir cette vision_. Quand Israël arrive au Sinaï après avoir quitté l’Égypte, Dieu lui fit une proposition. Il dit : "Vous avez vu vous-mêmes ce que j’ai fait aux Égyptiens, et comment je vous ai emportés sur des ailes d’aigles et amenés vers moi. Maintenant, si vous écoutez ma voix et gardez mon alliance, je vous tiendrai pour mon bien propre parmi tous les peuples, car toute la terre est à moi. Je vous tiendrai pour un royaume de prêtres, une nation sainte" (Ex 19,4-6). Pour ceux qui douteraient encore, il est intéressant de noter que selon ce texte, quand Dieu sortait Israël d’Égypte, il le faisait conformément à un plan qu’il avait derrière la tête. Mais revenons au texte lui-même. Pourquoi un royaume de Prêtres ? C’est tout ce que Dieu a à proposer à son peuple ? Les prêtres à l’époque où écrivait notre auteur, étaient ceux qui pouvaient approcher de la demeure de Dieu. Ils étaient ceux qui avaient libre accès à la présence divine. Dieu promet de faire de tout Israël un royaume de prêtres. Effectivement, en Ex 24, Moïse va offrir un sacrifice. Le texte dit qu’il prit le sang des taureaux immolés et aspergea le peuple. Ce rite était réservé uniquement à la consécration des lévites, la tribu des prêtres. Il faut donc comprendre par là que tout le peuple, à travers ce rite, devenait prêtre, c’est-à-dire des gens ayant libre accès à Dieu. Nous le voyons tout de suite au ch. 24 qui est ce que j’appellerai un chapitre très osé. Voici ce qu’on y lit : "Moïse monta, ainsi qu’Aaron, Nadab, Abihu et soixante-dix des anciens d’Israël. Ils virent le Dieu d’Israël. Sous ses pieds il y avait comme un pavement de saphir, aussi pur que le ciel même. Il ne porta pas la main sur les notables des Israélites. Ils contemplèrent Dieu puis ils mangèrent et burent" (Ex 24,9-11). Ils prennent le petit déjeuner avec Dieu. Ils ont accès à la table de Dieu, à sa cuisine, à son frigo. C’est cela l’Alliance : être admis dans l’intimité de Dieu. Jamais plus on ne trouvera dans la l’Ancien Testament un texte narratif qui parle de Dieu avec tant de familiarité osée. L’Alliance avant d’être un carcan de lois, est d’abord une union presque maritale avec Dieu. L’Alliance offre de partager le bonheur de Dieu, d’être un familier de Dieu et de jouir de sa proximité. La loi n’est qu’un moyen qui avait pour ambition d’y mener. Dieu va jusqu’à dire à Moïse ces paroles très importantes : "Fais-moi un sanctuaire, que je puisse résider parmi eux" (Ex 25,8). Je fais remarquer que Dieu fait voir à Moïse sa maison aux cieux afin que Moïse reproduise cette même maison au milieu des Israélites (cf. Ex 25,9). Dieu déménage. Moïse va lui construire une Tente, le sanctuaire. C’est la fameuse Tente du Rendez-vous que Moïse fixa au milieu du camp avec les tentes des Israélites tout autour. Le nom même du sanctuaire est suggestif : Tente du Rendez-vous. Tout le monde était prêtres en Israël c’est-à-dire que tout le monde avait libre accès à la Tente du Rendez-vous, à la chambre de Dieu, car le prêtre selon la définition du livre des Nombres (cf. 18,2), c’est celui qui approche, sous-entendu, celui qui approche Dieu. Voilà peint, comme dans la Transfiguration de Jésus, le projet que Dieu avait pour l’homme : l’amener à partager son intimité, c’est-à-dire sa divinité. Le parallèle avec la scène de la Transfiguration permet de relever un élément important. L’Alliance évoque la loi parce que l’intimité avec Dieu à laquelle elle introduit, est possible par la loi qu’il faut comprendre comme "Parole de Dieu". De fait, c’est par le moyen de la Parole de Dieu qu’on accède à son intimité. Les anciens d’Israël étaient montés à la montagne de Dieu pour écouter Dieu. C’est d’écoute encore qu’il s’agira à la Transfiguration qui, paradoxalement, est une apparition c’est-à-dire une scène où d’ordinaire c’est le "voir" qui prédomine. Voici ce que dit la voix venue du ciel : "Celui-ci est mon fils bien-aimé, écoutez-le" (Mc 9,7). Pierre devra comprendre que c’est l’écoute (sous-entendu "de la Parole de Dieu) qui conduit à la vision qu’il vient d’avoir.

Dieu demande donc qu’on lui reproduise au sein d’Israël, sa chambre céleste. Il veut s’installer dans le quartier. Il veut faire partie de la CCB. Voilà la vision de Dieu : s’unir à l’homme pour donner d’avoir part à sa gloire. Une vision se déteint toujours sur les actes majeurs que l’on pose pour la réaliser. Je vais donc aller un peu plus loin pour montrer comment quelques événements majeurs ultérieurs viennent s’inscrire dans la logique de cette vision.

La lune de miel du couple YHWH-Israël, ne va pas durer longtemps. Les choses tournent au vinaigre. Tous les couples ont des problèmes. Le peuple, en l’absence de Moïse, se fabrique un veau d’or. Dieu entre dans une grande fureur. Il parle à Moïse d’Israël en le désignant comme : "ton peuple, celui que tu as fait sortir d’Égypte" (Ex 32,7). Moïse lui répond : "ah non, c’est ton peuple à toi, c’est toi qui l’as fait sortir d’Égypte" (cf. Ex 32,11.12). Comme on peut le voir, personne ne veut de ce peuple. Dieu va jusqu’à dire à Moïse : "Continuez la route mais moi je ne marcherai plus au milieu de vous" (cf. 33,3). Dieu remet en cause sa présence au milieu de son peuple. Moïse fait comprendre à Yhwh que s’il ne marchait plus au milieu d’eux, lui non plus il ne dirigerait plus le peuple : "Si tu ne viens pas toi-même, ne nous fais pas monter d’ici ; comment saura-t-on alors que j’ai trouvé grâce à tes yeux, moi et ton peuple ? N’est-ce pas à ce que tu iras avec nous ? En sorte que nous soyons distincts, moi et ton peuple, de tous les peuples qui sont sur la face de la terre" (Ex 33,15-16). Moïse avait bien compris l’importance de la présence de Dieu. Sans cette présence, l’aventure de la marche vers la terre promise n’avait absolument pas de sens. Cela ne sert pas à Israël d’exister si Dieu n’est pas en son sein. Dieu et Moïse entrent alors dans une chaude discussion. Moïse va se révéler un négociateur hors paire. Ex 32–33 sont des chapitres succulents. Finalement Moïse et Yhwh arrivent à un compromis. Yhwh accepte de ne pas retirer sa présence à son peuple mais il demande à Moïse de retirer la Tente du Rendez-vous du milieu du peuple et de la mettre à l’écart. Entendez par là que le peuple n’aura plus libre accès à la Tente comme avant. Dieu choisit la tribu de Lévi pour le service de la Tente et donc seuls les lévites sont autorisés à approcher la Tente du Rendez-vous. Le peuple a perdu le sacerdoce commun. Il n’est plus prêtre c’est-à-dire qu’il n’a plus le droit d’approcher la Tente du Rendez-vous comme auparavant. "Les Israélites n’approcheront plus la Tente du Rendez-vous" (Nb 18,22).

À partir de ce moment, le lecteur avisé ne peut que se poser une question : est-ce que Dieu reviendra un jour au milieu de son peuple ? Eh bien, il faudra attendre le 1er chapitre du 1er livre du NT, pour entendre une phrase qui ne peut qu’impressionner celui qui connaît l’AT. L’ange dit à Joseph que l’enfant, conformément à la prophétie d’Isaïe, s’appellera Emmanuel c’est-à-dire Dieu avec nous (cf. Mt 1,23). C’est comme si l’on nous disait qu’avec la naissance de Jésus, la Tente du Rendez-vous était de retour au milieu du peuple et donc que tout le peuple avait à nouveau libre accès à la Tente du Rendez-vous. Dieu est présent au milieu de son peuple dans une modalité qui rappelle la Tente du Rendez-vous. D’ailleurs Mt va conclure son évangile avec cette même idée de la présence de Dieu au milieu de son peuple : "Allez, de toutes les nations faites des disciples…et moi je suis avec vous pour toujours jusqu’à la fin du monde" (Mt 28). Mais c’est Jean qui sera le plus clair. "Et le Verbe s’est fait chair, dit-il, et il a habité parmi nous" (Jn 1,14). Littéralement : "il a établit sa tente, sa demeure parmi nous" car le verbe grec que l’on traduit par établir sa demeure ou demeurer, contient le mot grec "tente" et vient de ce mot-là. Notez "il a habité parmi nous" (evn h`mi/n). Littéralement cela reviendrait à "il a habité au-dedans de nous" comme pour dire qu’il y a changement de modalité de la présence de Dieu. Dieu n’est pas seulement parmi nous comme au Sinaï : il est au-dedans de nous. Il s’est enclenché, avec la naissance de Jésus, le processus de communion intime entre l’homme et Dieu. C’est une répercussion de l’incarnation. L’Eucharistie, c’est-à-dire cette perfusion (au sens médical du mot) qui nourrit et fait croître l’union entre Dieu et l’homme, n’a rien d’anormale ni de bizarroïde comme mystère, si nous gardons à l’esprit la vision du plan stratégique de Dieu. D’ailleurs la Bible va se conclure sur ce même thème de la présence de Dieu : Maranatha (le Seigneur vient ou viens Seigneur" (Ap 22,20).

Dans cette partie, en plus de la vision que nous avons dégagée à partir du code le l’Alliance dans le livre de l’Exode, j’ai relevé quelques faits et gestes de Dieu entrant dans le processus de réalisation de cette vision. C’était pour montrer qu’il s’agissait réellement d’une vision c’est-à-dire d’une projection qui explique et donne cohérence aux faits et gestes de Dieu dans l’histoire du salut. D’ailleurs tout l’Ancien Testament tourne autour de comment Israël pécheur doit gérer son quotidien avec en son sein un YHWH, Dieu trois fois saint. Dans la chronologie des faits, la première chose que fit Dieu pour enclencher le processus de réalisation de sa vision, c’est de créer les hommes, ceux-là mêmes avec qui il veut partager sa gloire.

II. La création, première hypothèse dans la programmation stratégique de Dieu

Si Dieu veut réaliser son projet de partager son intimité avec les hommes9, il faut d’abord qu’il les crée, eux les hommes et l’environnement nécessaire à leur existence. C’est ce que nous avons aux premiers chapitres de la Gn. En Gn 1, tout existe par la Parole de Dieu. Mais l’auteur de Gn 1 tient à montrer la particularité de l’homme. Il utilise une expression difficile "image et ressemblance de Dieu" (1,26). Les spécialistes se livrent à de grandes considérations exégétiques et théologiques pour expliquer cette expression. Mais le sens le plus immédiat que semble revêtir cette expression est le sens que la Bible elle-même lui donne. En Gn 5,3 nous lisons : "Quand Adam eut cent trente ans, il engendra un fils à sa ressemblance, comme son image, et il lui donna le nom de Seth". L’expression de Gn 1,26 "à notre image, comme notre ressemblance" se retrouve ici en Gn 5,3 et signifie être fils de. Ne faut-il pas alors comprendre à la lumière de Gn 5,3, que Gn 1,26 désigne l’homme et la femme comme fils de Dieu ? Mais on peut objecter que si cela est vrai, pourquoi l’auteur n’utilise-t-il pas explicitement l’expression "fils de Dieu" ? L’expression est ambiguë. La détermination de l’auteur à montrer que rien n’est divin dans la créature puisque tout est créé à partir de rien, parcourt tout le texte et peut bien expliquer la méfiance de l’auteur pour une telle expression. Il ne veut qu’en aucune manière l’homme et la femme soient pris comme fils biologiques de Dieu. Ils seraient des divinités dans ce cas. Pour bien marquer la distinction, l’auteur tout en admettant la filiation, entend une filiation par alliance et non de nature. C’est sans doute dans ce sens qu’il faut comprendre l’insistance sur le chiffre 7 dans le récit du dernier jour : "Ainsi furent achevés le ciel et la terre, avec toute leur armée. Dieu conclut au septième jour l’ouvrage qu’il avait fait et, au septième jour, il chôma, après tout l’ouvrage qu’il avait fait. Dieu bénit le septième jour et le sanctifia, car il avait chômé après tout son ouvrage de création" (Gn 2,1-3). Le mot septième revient trois fois en si peu de versets. Nous avons l’habitude de comprendre le chiffre sept comme le chiffre de la perfection. Cela est vrai. Cependant dans la Bible, ce chiffre, avant de désigner la perfection, évoque d’abord l’alliance. L’homme est donc fils de Dieu. Ce qui caractérise un fils et un père qui parle comme celui de Gn 1, c’est d’abord l’écoute. La Parole de Dieu devient alors centrale dans la relation homme/Dieu comme cela se verra plus clairement avec Israël qu’il créa comme étape importante de son projet.

III. La création d’Israël : résultat intermédiaire dans la planification stratégique de Dieu

Tout ce que Dieu créa était bon. Mais l’homme introduisit l’anarchie par sa désobéissance à cette Parole de Dieu dont nous relevions l’importance. La création se pervertit. Dieu fait l’état des lieux. Le bilan est désastreux. Dieu devra revoir sa copie. Alors il décide de créer Israël un peuple de son choix, toujours dans la logique de la vision de départ : associer l’homme à sa gloire. L’idée c’est de se révéler de façon particulière à Israël. Le mot se révéler est ici important. Se révéler veut dire "se donner à connaître". Dieu veut se faire connaître d’Israël avec comme finalité immédiate (Dieu est calculateur) que par Israël tous les autres peuples puissent le connaître et comme finalité ultime, l’aimer après l’avoir connu. Entendons par là -cela est très important- que connaître Dieu se révèle un élément capital dans la stratégie de Dieu pour unir l’homme à sa divinité. Toutes les péripéties que connaîtra Israël dans sa relation avec Dieu a pour finalité immédiate qu’Israël et plus tard toutes les nations de la terre, apprennent à connaître Dieu. Dieu a toujours une longueur de vue, puisqu’il a un plan et un objectif qu’il poursuit. Il ne fait rien au hasard. C’est comme les miracles de Jésus. Le miracle accompli en faveur de Bar Timée par exemple, bénéficie bien évidemment à Bar Timée, mais dans la tête de Jésus, Bar Timée n’était pas le destinataire final de ce miracle. Bar Timée n’était qu’un bénéficiaire immédiat. Les destinataires finaux c’était l’assistance et toutes les générations qui entendront le récit du miracle, afin qu’ils croient que Jésus est messie, Fils de Dieu. De la même façon, tout ce qui est arrivé à Israël d’heureux comme de malheureux et qui était destiné à révéler Dieu, nous était destiné en définitive afin que nous apprenions quelque chose de Dieu. La Révélation a donc pour finalité faire ultime, aimer Dieu. Or la Révélation, c’est ce que nous appelons Parole de Dieu. Israël et Parole de Dieu sont donc indissociables. Rappelons-nous qu’en Gn 1, l’homme est créé pour être fils de Dieu. Ce qui rapproche un père de son fils, c’est la capacité de ce dernier à écouter son père. En Ex 4,22, Dieu dit qu’Israël est son fils : "Mon fils premier-né, c’est Israël". C’est d’ailleurs pour cela que tout premier-né en Israël devait être consacré à YHWH. Si Israël est créé pour être fils, cela signifie qu’il a été créé pour écouter et vivre de la Parole de Dieu.

En effet en Israël, c’est toujours Dieu qui convoque l’assemblée d’Israël (qahal) appelée dans la Bible et à juste titre, qahal adonaï (assemblée convoquée par Dieu). Sans la Parole qui convoque (tout comme elle convoquait en Gn 1 les êtres à l’existence) il n’y pas qahal ou ekklesia (Église). C’est la Parole de Dieu qui est la raison d’être d’Israël. C’est la Parole qui fait d’Israël un qahal. C’est pour cela que quand vint le temps de Dieu, en Israël naquit le Verbe, Parole éternelle de Dieu pour parfaire la révélation que détenaient les fils de Jacob. Dieu obtenait là, dans l’avènement de Jésus-Christ, un résultat décisif.

IV. Jésus-Christ : résultat clé

L’avènement de Jésus Fils de Dieu est un élément clé dans la planification de Dieu de notre histoire du salut. C’est en réalité avec Jésus que l’on comprend mieux la planification de Dieu. St Paul a été profondément touché quand il a eu connaissance de ce plan de Dieu. Il s’écrie au début de la lettre aux Éphésiens : Béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ, qui nous a bénis par toutes sortes de bénédictions spirituelles, aux cieux, dans le Christ. v.4 c’est ainsi qu’Il nous a élus en lui, dès avant la fondation du monde, pour être saints et immaculés en sa présence, dans l’amour, v.5 déterminant d’avance que nous serions pour Lui des fils adoptifs par Jésus Christ. Tel fut le bon plaisir de sa volonté, v.6 à la louange de gloire de sa grâce, dont Il nous a gratifiés dans le Bien-aimé. v.7 En lui nous trouvons la rédemption, par son sang, la rémission des fautes, selon la richesse de sa grâce, v.8 qu’Il nous a prodiguée, en toute sagesse et intelligence : v.9 Il nous a fait connaître le mystère de sa volonté, ce dessein bienveillant qu’Il avait formé en lui par avance, v.10 pour le réaliser quand les temps seraient accomplis : ramener toutes choses sous un seul Chef, le Christ, les êtres célestes comme les terrestres. v.11 C’est en lui encore que nous avons été mis à part, désignés d’avance, selon le plan préétabli de Celui qui mène toutes choses au gré de sa volonté, v.12 pour être, à la louange de sa gloire, ceux qui ont par avance espéré dans le Christ. v.13 C’est en lui que vous aussi, après avoir entendu la Parole de vérité, l’Évangile de votre salut, et y avoir cru, vous avez été marqués d’un sceau par l’Esprit de la Promesse, cet Esprit Saint v.14 qui constitue les arrhes de notre héritage, et prépare la rédemption du Peuple que Dieu s’est acquis, pour la louange de sa gloire (1,3-15). Ce qui est intéressant dans ce texte pour notre propos, c’est que nous avons tous les indices d’une planification stratégique : C’est ainsi qu’Il nous a élus en lui, dès avant la fondation du monde, pour être saints et immaculés en sa présence, dans l’amour. Non seulement la planification est biblique, mais elle est antérieure à la création pour figurer au titre des qualités de Dieu. En d’autres termes, l’homme planifie par imitation tout simplement parce que celui qui l’a créé est éternellement planificateur. Le texte dit encore : Il nous a fait connaître le mystère de sa volonté, ce dessein bienveillant qu’Il avait formé en lui par avance, v.10 pour le réaliser quand les temps seraient accomplis : La planification de Dieu a un chronogramme même si les détails ne sont pas spécifiés.

Plus loin le texte affirme en toute clarté : C’est en lui encore que nous avons été mis à part, désignés d’avance, selon le plan préétabli de Celui qui mène toutes choses au gré de sa volonté… Dieu a un plan préétabli nous dit St Paul. Dès avant la fondation du monde- il est important de le relever- Dieu avait prévu de faire de nous ses fils, par et en Jésus, pour que les hommes se tiennent devant lui, saints et immaculés par le biais de l’amour. Cela signifie qu’il y a non seulement un plan mais qu’il y a aussi une stratégie. Dans cette stratégie, à en croire Éph 1, l’avènement de Jésus est décisif puisque cet avènement du Christ est immédiatement orientée vers la réalisation de la vision, c’est-à-dire le salut des hommes. C’est pourquoi le texte parle tant de Jésus que de nous (c’est-à-dire l’Église) bénéficiaires de l’action du Christ. Pour cette raison, l’Église est dans le plan de Dieu, une stratégique majeure. Les évêques pendant la conférence V. L’Église, objectif stratégique majeur dans la planification divine

Quand nous disons l’Église, nous l’entendons dans le sens paulinien d’une Église Corps qui ne peut exister sans la Tête (Jésus Christ) parce que pour appartenir à l’Église, il faut d’abord croire au Christ. St Jean le dit dans son évangile : "Il est venu chez lui, et les siens ne l’ont pas accueilli. Mais à tous ceux qui l’ont accueilli, il a donné pouvoir de devenir enfants de Dieu " (Jn 1,12-13). Ceux qui ont accueilli Jésus dans leur cœur, c’est-à-dire tous ceux qui reconnaissent en lui le Fils de Dieu, reçoivent le pouvoir de devenir enfants de Dieu. Jn 17,3 va affirmer sans détour : "la vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi, le seul véritable Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ". Connaître Jésus-Christ donne accès à la vie éternelle en ce sens que connaître Jésus peut amener à la foi qui elle, mène au salut. Avec l’avènement de Jésus-Christ, nous savons désormais que pour être sauvé, il faut être enfant de Dieu. Pour devenir enfant de Dieu, il faut accueillir Jésus-Christ. Pour être en mesure d’accueillir Jésus-Christ, il faut le connaître et pour le connaître il faut avoir entendu parler de lui. St Paul le dit en quelques mots : "Mais comment l’invoquer sans d’abord croire en lui ? Et comment croire sans d’abord l’entendre ? Et comment entendre sans prédicateur ?" (Rm 10,14). Il n’y a pas de doute, le salut nous vient par les oreilles. Oui "la foi vient en écoutant" comme le dit un programme de l’Alliance Biblique. La prédication est essentielle dans la planification de Dieu. Or celle qui doit assurer cette mission d’importance capitale, c’est l’Église qui devient par le fait même une pièce majeure dans la stratégie de Dieu. Relevons la gradualité conditionnelle nette qu’il y a dans la démarcher de Dieu. Les étapes sont conditionnées les unes aux autres. C’est précisément à cause de ce dynamisme que le plan de Dieu est à qualifier de stratégique. Cette gradualité est confirmée par l’hymne de la lettre aux Éphésiens que nous venons d’évoquer. St Paul dit la fin de l’hymne : v.13 C’est en lui que vous aussi, après avoir entendu la Parole de vérité, l’Évangile de votre salut, et y avoir cru, vous avez été marqués d’un sceau par l’Esprit de la Promesse, cet Esprit Saint v.14 qui constitue les arrhes de notre héritage, et prépare la rédemption du Peuple que Dieu s’est acquis, pour la louange de sa gloire. St Paul dit aux Éphésiens : Vous avez été sauvés. Mais si vous en êtes arrivés là, c’est parce que vous avez cru à l’évangile du salut, que Paul appelle la Parole de Vérité. Si vous avez cru à l’évangile, c’est parce que vous l’avez entendu. C’est la même idée qu’on retrouve dans la lettre aux Romains : "Mais comment l’invoquer sans d’abord croire en lui ? Et comment croire sans d’abord l’entendre ? Et comment entendre sans prédicateur ?" (Rm 10,14). Les jalons de la stratégie de notre planification pastorale sont explicitement posés dans les Écritures : l’objectif stratégique majeur du plan de Dieu selon St Paul, c’est de faire de nous des fils par Jésus le Christ dans l’Église. Voici comment Paul présente la stratégie de Dieu : Être fils de Dieu constitue l’objectif stratégique. Mais pour être fils de Dieu, il faut croire en Jésus (Résultat clé). Avant d’en arriver là, pour croire, il faut connaître Jésus-Christ (Résultat intermédiaire). Pour connaître Jésus, il faut que Jésus soit annoncé. La prédication quelque soit sa forme, est l’hypothèse, la condition sine qua non pour que Jésus soit connu.

L’Église dans ce schéma est, pour St Paul aussi, une étape essentielle. Elle est l’étape qui ouvre immédiatement à la vision béatifique de Dieu. Comment cela ? Pour être sauvé, il faut être christifié, c’est-à-dire être un duplicata du Christ, être rendu Christ. Cela signifie être rendu fils de Dieu comme Jésus c’est-à-dire "capable de plaire à Dieu" : "celui-ci est mon fils bien-aimé en qui je me complais" (Mt 17,5). Le chrétien est une reproduction du Christ qui seul est Fils de Dieu c’est-à-dire celui en qui Dieu se complait ainsi que nous l’avons entendu à la Transfiguration. Cela signifie tout simplement qu’il ne s’agit pas de faire du bien pour plaire à Dieu. Il faut que celui qui pose le bien soit comme le Christ, c’est-à-dire un être qui est capable de plaire à Dieu. En recevant la grâce sanctifiante au baptême, le chrétien est rendu fils de Dieu, rendu capable de plaire à Dieu. La nature de celui qui pose le bien est essentielle pour que le bien soit bien. Pour que le bien soit bien, il faut que celui qui fait le bien soit bien aux yeux de Dieu. Il devra être fils c’est-à-dire transformé en Christ. L’Église est cette stratégie inventée par Dieu pour fabriquer des fils sur le modèle du Christ c’est-à-dire un être au-dedans duquel, la divinité s’unit à l’humanité. L’Église est une machine à fabriquer ces enfants de Dieu par le biais du baptême. Les chrétiens sont le produit d’un planning familial de l’Esprit Saint. C’est donc dans l’Église que s’enclenche notre processus de "Christification" par le moyen du baptême. "L’Église ne connaît pas d’autre moyen que le Baptême pour assurer l’entrée dans la béatitude éternelle" nous dit le Catéchisme de l’Église Catholique (CEC, 1257). L’Église n’a pas reçu autre moyen que le baptême, pour offrir le salut éternelle. C’est pourquoi la mission qu’a reçue l’Église, c’est d’enseigner et d’enseigner encore pour que les hommes croient en Christ. Son fondateur Jésus-Christ, était un enseignant. On l’appelait Rabbi. De fait, le titre le plus attribué à Jésus dans les évangiles, c’est le titre de Maître, didaskalos, Rabbi. L’Église a reçu de son Maître la mission de poursuivre son œuvre : "Allez donc, de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit, et leur apprenant à observer tout ce que je vous ai prescrit. Et voici que je suis avec vous pour toujours jusqu’à la fin du monde" (Mt 28,19-20).

CONCLUSION

Pour conclure, revisitons le chemin parcouru.
- La vision de Dieu, son projet dès avant la fondation du monde, c’est d’associer les hommes à sa gloire. Ex 24–32 nous en a donné l’illustration.
- La première condition pour y arriver c’est de créer l’homme. Nous avons pris cette étape comme hypothèse.
- Le péché compromet l’exécution du projet. Le déluge est en fait le récit symbolique qui vient illustrer le réaménagement que Dieu fait dans sa stratégie. Un état des lieux est à l’origine de ce réaménagement.
- Il choisit Abraham pour obtenir un peuple de son choix, à qui il se révèlerait pour se faire connaître du monde (Résultat intermédiaire). La finalité poursuivie ici, était que l’ayant connu, les hommes se mettent à l’aimer, toujours avec en vue cette autre finalité en vue qu’ Israël devait produire le messie.
- Le messie Jésus-Christ est la plus grande carte que Dieu sort dans le processus de révélation (Résultat clé). Jésus-Christ est la révélation suprême et ultime de Dieu. La finalité est la même, faire connaître Dieu aux hommes pour que les hommes ayant connu Dieu, l’aiment. C’est en aimant Dieu qu’on arrive à la béatitude éternelle. Mais il faut pour cela que l’homme aime comme le Fils aime son Père.
- Le Christ alors fonde l’Église, dernière étape de la stratégie de Dieu et institution à "fabriquer" des fils de Dieu, des fils pour Dieu, des êtres capables d’aimer comme le Fils aime. L’Église est l’objectif stratégique majeur de la planification de Dieu car il lui revient de faire parvenir à tous les hommes l’offre de Jésus. L’Église reçoit par le faite même, une mission : celle de faire des disciples. Ce qui a manqué dans notre parcours, ce sont les détails du chronogramme de Dieu. Il est difficile de dire les échéances de la planification de quelqu’un pour qui, "Mille ans comme sont comme hier" (Ps 89). D’ailleurs "l’hymne de la planification stratégique" que nous avons en Ép 1, dit explicitement : " C’est en lui encore que nous avons été mis à part, désignés d’avance, selon le plan préétabli de Celui qui mène toutes choses au gré de sa volonté". Dieu mène sa planification au gré de sa volonté. C’est la note différentielle entre nos planifications et celle de Dieu. Nous avons toutefois certains indices. Nous savons que l’avènement du Christ et de l’Église signe la fin. Avec eux, nous sommes à la dernière phase de la planification. Jésus lui-même le dit : "Les temps sont accomplis. Le Royaume de Dieu est tout proche. Convertissez-vous et croyez à la bonne nouvelle" (Mc 1,15). Parlant du Christ l’auteur de la lettre aux Hébreux dit : "Après avoir, à maintes reprises et sous maintes formes, parlé jadis aux Pères par les prophètes, Dieu, en ces jours qui sont les derniers, nous a parlé par le Fils" (He 1,1-2). Le temps du Père pour désigner l’Ancien Testament, le temps du Fils pour désigner le ministère public de Jésus et le temps de l’Esprit Saint pour désigner le temps l’Église dans lequel nous nous situons, est une répartition de l’ancienne théologie qui aujourd’hui fait un retour en force dans les milieux théologiques. Je ne saurai terminer sans tirer profit de cette providentielle occasion pour parler Apostolat Biblique. Les évêques attendent de ces travaux (je n’en doute pas) que nous leur proposions des stratégies pertinentes pour que Jésus sois connu, cru et aimé plus que par le passé. Si l’enseignement systématique de la Bible, les formations bibliques, les traductions de Bible ne leur sont pas proposés comme une priorité absolue et urgente, les résultats risquent fort de ne pas suivre. Actuellement la plupart de nos communautés ne jurent que par la recherche des finances pour appuyer la pastorale. Je ne crois pas que les chrétiens participeront à cet élan seulement parce qu’ils aiment le curé. Ils le feront d’abord parce qu’ils aiment le Christ. Or, tout le monde le sait, on ne peut aimer Jésus qu’à travers les Écritures. La lectio divina, les partages bibliques, les études bibliques sont un moyen fort pour enraciner cet amour de chrétiens pour le Christ. St Jérôme ne le dit-il pas : "Ignorer les Écritures, c’est ignorer le Christ" ? La Bible doit se retrouver partout, dans tous les coins et recoins de notre pastorale, même dans la pastorale d’autofinancement de nos Églises. Voici ce que dit Benoît XVI à ce sujet : "Le Synode invite à un engagement pastoral particulier pour faire ressortir la place centrale de la Parole de Dieu dans la vie ecclésiale, recommandant d’intensifier "la pastorale biblique" non en la juxtaposant à d’autres formes de la pastorale mais comme animation biblique de toute la pastorale. Il ne s’agit donc pas d’ajouter quelques rencontres dans la paroisse ou dans le diocèse, mais de s’assurer que, dans les activités habituelles des communautés chrétiennes, dans les paroisses, dans les associations et dans les mouvements, on ait vraiment à cœur la rencontre personnelle avec le Christ qui se communique à nous dans sa Parole" (VD 73)

"J’exhorte donc les Pasteurs et les fidèles à tenir compte de l’importance de cette animation : ce sera aussi la meilleure façon de faire face à certains problèmes pastoraux mis en évidence au cours de l’Assemblée synodale liés, par exemple, à la prolifération des sectes qui répandent une lecture déformée et instrumentalisée de la Sainte Écriture. Là où les fidèles ne se forment pas à une connaissance de la Bible selon la foi de l’Église dans le creuset de sa Tradition vivante, on laisse de fait un vide pastoral dans lequel des réalités comme les sectes peuvent trouver un terrain pour prendre pied. C’est pourquoi il est nécessaire de pourvoir aussi à une préparation adéquate des prêtres et des laïcs afin qu’ils puissent instruire le Peuple de Dieu dans une approche authentique des Écritures" (VD 73).

Textes en faveur de l’Apostolat biblique

"En réalité, toute l’économie du Salut nous montre que Dieu parle et intervient dans l’histoire en faveur de l’homme et de son salut intégral. Il est donc important d’un point de vue pastoral, de présenter la Parole de Dieu dans sa capacité de répondre aux problèmes que l’homme doit affronter dans la vie quotidienne. Jésus se présente justement à nous comme celui qui est venu pour que nous puissions avoir la vie en abondance (cf. Jn 10,10). Pour cela, nous devons déployer tous nos efforts pour que la Parole de Dieu paraisse à chacun comme une ouverture à ses problèmes, une réponse à ses questions, un élargissement des valeurs et en même temps comme une satisfaction apportée à ses aspirations" (Dv 23). "J’exhorte les Pasteurs de l’Église et les assistants pastoraux à faire en sorte que tous les fidèles soient éduqués à goûter le sens profond de la Parole de Dieu" (DV 52)

L’archevêque Zoa du Cameroun avait compris les choses de la même façon. Il disait : "Des prêtres multiplient les bénédictions et les exorcismes parce que la Parole de Dieu n’occupe pas sa place, l’appel à la conversion n’est pas entendu ! Il vous faut alors des choses qui vous rassurent : donc des bénédictions, de l’eau bénite, des crucifix qu’on vient vous appuyer la poitrine, etc. "_.

"Certains prêtres n’ont jamais le temps de recevoir leurs fidèles. Pendant toute la semaine, ils sont à leurs affaires’. Or la première mission du prêtre, c’est l’invitation à la conversion, la revalorisation de la Parole ! Que notre Église sache redonner sa place à la Parole et à la conversion. Ne nous laissons pas enfermer dans le carcan de la pratique des sacrements, qui a fait qu’à une période toute la pratique ’évangélique’ se réduisait seulement aux sacrements. Mettons la Parole au centre de tout, avec la démarche de conversion. Les sacrements ne sont que la célébration, la consécration de la Parole et de la conversion"_.

Les évêques de la CERAO dans l’argumentaire théologique du PAC II, font le même constat. "Dans toutes nos Églises locales, nous faisons le douloureux constat que l’Annonce kérygmatique a été peut-être trop rapide et nous payons pour cela un lourd tribut de défections et d’apostasie aux sectes et à l’Islam, de syncrétisme, de manque d’engagement missionnaire ou de participation à la vie de la communauté ecclésiale (…) Nous avons beaucoup de "sacramentalisés" mais peu de vrais fidèles du Christ"_. "La simplicité se trouve en ceci que nous disposons tous des éléments de notre catéchisme et qu’il s’agit de répondre enfin à la question qui rarement nous avait été expliquée de manière aussi claire que convaincante : "Veux-tu être baptisé ?" revient à "Veux-tu être saint ?"_ "…Nous disons que la méthode se simplifie tout en devenant plus exigeante ; L’exigence se trouve dans l’apprentissage de la vie d’oraison en prolongement de la lectio divina auxquelles nous n’avons pas été suffisamment entraînés et n’avons pas pris vraiment goût. Si nous étions convaincus que la Parole de Dieu est efficace par elle-même (cf. 1 Th 1) et que nous n’étions que des coopérateurs de Dieu, alors nous nous emparerions de ce cœur de la méthodologie chrétienne qu’est la formation à la visitation de la Parole Écrite et de la Parole devenue Chair et l’Eucharistie. C’était la méthode de Marie, la Mère de Dieu : "Quant à Marie, elle retenait tous ces événements en en cherchant le sens" (Lc 2,19)"_.

Pour terminer, une réflexion de Ste Thérèse la Grande que fait sienne le pape Benoît XVI dans VD : "Ste Thérèse de Jésus, carmélite, qui dans ses écrits recourt continuellement à des images bibliques pour expliquer son expérience mystique, rappelle que Jésus lui-même lui révèle que "tout le mal du monde provient de l’absence de connaissance claire des vérités de l’Écriture Sainte" (VD 48).

Cf. E. Blum, "Israël à la montagne de Dieu. Remarques sur l’Ex 19-24 ; 32 –34 et sur le contexte littéraire et historique de sa composition", in A. de Pury –T. Römer (éd.), Le Pentateuque en question (Genève, 2002 3e éd.) 271-295.
Kai. o` lo,goj sa.rx evge,neto kai. evskh,nwsen evn h`mi/n(
En effet en hébreu le sabbat se dit shabbat et sept se dit shebat. On a comme l’impression que le mot sept (shebat) a donné son nom au sabbat, le septième jour où Dieu se reposa (shabbat). Or le sabbat à en croire Ex 31, est une conséquence de l’alliance : "Les Israélites garderont le sabbat, en observant le sabbat dans leurs générations, c’est une alliance éternelle. Entre moi et les Israélites c’est un signe à perpétuité, car en six jours Yahvé a fait les cieux et la terre, mais le septième jour il a chômé et repris haleine" (Ex 31,16-17). Nous pouvons donc dire que l’auteur du premier récit qui écrit probablement après l’exil à Babylone (587-538 av. J.-C.), avait clairement en vue de montrer que la création débouche sur l’alliance qu’il faut toujours comprendre comme moyen de familiarisation et de communion avec Dieu_. "Créons l’homme à notre image et à notre ressemblance" signifie "créons l’homme comme fils c’est-à-dire un être qui nous est proche". Gn 1 est bel et bien la mise en route de la vision.

_J.-B. Casterman, Réponses aux critiques contre l’Eglise catholique (Yaoundé 2000) 40 citant Nleb Ensemble n° 10 du 2/2/97.
J.-B. Casterman, Réponses aux critiques contre l’Eglise catholique (Yaoundé 2000) 40 citant Nleb Ensemble n° 10 du 2/2/97
Plan d’action de la CERAO 2003-20009 (Abidjan 2004), n° 20.
Ibid., 31.
Ibid., 34. Les passages en gras sont marqués par le texte original lui-même.


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Finale karaoké 2010 des enfants

mardi 7 septembre 2010

La radio Ave Maria à Ouagadougou va avoir la finale du karaoké qu’elle a organisé pour les enfants ces vacances-ci. La dite finale aura lieu à Reem-Doogo sis à Gounghin, le dimanche 12 septembre à 15 heures. A cette occasion plusieurs artistes ont été invités. Rappelons que la marraine de l’événement est Toussy, la coqueluche de la musique moderne religieuse catholique dans notre Eglise Famille.

Sur le Web : http://